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 [Terminé] Here he was. But something seemed off. [Aaron Gray]

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MessageSujet: Re: [Terminé] Here he was. But something seemed off. [Aaron Gray]   [Terminé] Here he was. But something seemed off. [Aaron Gray] Icon_minitimeJeu 8 Aoû - 14:48

Something seemed off.
Sienna & Aaron



Combien de temps s'était écoulé ? Quelques minutes ? Quelques heures ? Le temps semblait se dilater et rendre chaque effort plus difficile. C'était comme courir dans l'eau, freiné par une force qui les dépassait – comme un mauvais rêve où nos jambes sont en coton au moment précis où il faudrait fuir aussi vite que possible. Combien de temps, alors ? Les passants poursuivaient leur course effrénée sur le boulevard d'à côté, et dans le havre que formait la venelle où les deux jeunes gens se trouvaient, Aaron avait l'impression d'être dans un de ces films où le personnage reste immobile et distinct dans une foule floutée qui avance en accéléré. Assujetti à des émotions bien trop puissantes et corrosives pour lui, Aaron était égaré dans sa propre demeure. Que devait-il dire ? Que devait-il faire ? Pouvait-il s'arroger ainsi le droit de repousser Sienna, alors qu'elle venait à lui si candidement ? Mais qui était-elle pour remettre en question sa morale ? Bon sang, quand cela finirait-il ?

Ordonner ses pensées. Il ne pouvait pas se permettre de parler à nouveau de manière inintelligible, comme un adolescent en proie à une amourette. Il réfléchit, pesa ses mots, et alors qu'il les énonçait d'un ton neutre, il vit le visage de Sienna s'assombrir, ses traits se fermer. C'était l'effet escompté, et pourtant Aaron ne ressentit à nouveau aucun soulagement. Au contraire, le poids qui comprimait ses épaules semblait s'alourdir chaque seconde un peu plus. La jeune fille fronça les sourcils lorsqu'il lui dit qu'il n'avait plus rien à lui offrir. Il ne sut interpréter cette expression, trop concentré sur sa tâche. Car à mesure qu'il parlait, un doute de plus en plus grand le saisissait : et si Sienna n'avait pas souhaité avoir une nouvelle relation avec lui, mais simplement le saluer comme une vieille connaissance ? Se serait-il emporté trop vite, laissant comme d'ordinaire son impulsivité prendre le dessus sur sa raison ? Il aurait alors pu simplement boire un verre avec elle, et ils se seraient séparés en bons termes, avec indifférence. Peut-être qu'il s'était laissé submerger par ses souvenirs sans prendre assez de recul ; c'était peut-être lui le fautif, au fond.
Mais le Sigma Mu chassa bien vite cette hypothèse de son esprit. Non, ils n'auraient pas pu faire cela. Ils avaient vécu bien trop de choses ensemble, ils avaient trop partagé pour pouvoir se comporter comme deux individus isolés. Car lorsqu'ils étaient ensemble, ils devaient être ensemble. Leur relation ne laissait pas de place au compromis : c'était une fusion, une passion dévorante, ou ce n'était rien. Même lorsqu'ils avaient été en couple (si tant est qu'ils aient déjà été un « couple » à proprement parler), chacun avait su conserver son individualité, sa personnalité ; mais quiconque les eût vus ensemble à cette époque n'aurait pu imaginer l'un sans l'autre, alors même qu'ils ne se voyaient parfois pas pendant des jours entiers.

Tu ferais mieux de m'oublier... Sienna croisa les bras. Que se passait-il dans son esprit, à cet instant précis ? Aaron aurait tout donné pour pouvoir lire dans ses pensées. Était-elle énervée, déçue, blessée ? Le jeune homme se ressaisit : qu'est-ce que cela changeait, au fond ? Il ne lui avait pas donné de faux espoirs, et leurs chemins allaient très vite se séparer à nouveau. C'était tout ce qui importait.


Le Temps s'arrêta.


Une seconde s'écoula. Très bientôt, elle allait tourner les talons, c'était évident. Sienna ne se battait pas pour des causes perdues. Et elle avait suffisamment d'amour-propre pour ne pas s'enfoncer davantage dans l'humiliation qu'il venait plus ou moins consciemment de lui infliger.

Une deuxième seconde. Il avait bien fait d'agir ainsi : quelques verres de brandy et ce malheureux incident serait oublié.

Trois secondes. Après tout, lui au moins était fidèle à sa parole : il faisait tout pour ne pas la revoir, et, cette fois, il était certain que cela fonctionnerait, au vu de l'expression indignée qui altérait le regard hyalin de son interlocutrice.

Quatre secondes. Ne pas baisser les yeux. Garder l'air impassible et inflexible. Bon sang ce qu'elle était belle. Même mue par cette fureur réprimée, elle avait dans les yeux quelque chose de pur et d'incoercible que seul un fou aurait pu ignorer. Mais qu'importe, c'était trop tard, elle appartenait au passé : il fallait tourner la page.

Cinq secondes. Aaron baissa fugitivement les yeux vers ses lèvres, en quête d'un signe qui pourrait annoncer une parole, quelle qu'elle soit : allait-elle l'insulter ? S'excuser à nouveau ? Le Sigma Mu réalisa son erreur lorsque ses yeux s'accrochèrent à la vision de ces lèvres, sanctuaire où étaient inhumés ses désirs oubliés. Le jeune homme se força à relever les yeux.

Six secondes. Les grands iris opalescents étaient toujours fixés sur les siens, comme si Sienna attendait qu'il dise quelque chose, qu'il esquisse un geste pour les sortir de cette sclérose. Leurs regards étaient connectés, et pourtant jamais l'hiatus entre eux n'avait été si grand. Garder sa contenance était de plus en plus ardu.

Sept secondes. « Parle, bon sang ! » … Plus il la regardait, plus ses certitudes vacillaient. La rejeter était loin d'être aussi facile qu'il ne l'avait imaginé. Il agissait avec impulsivité, mais faire face aux conséquences de ses actes était bien plus pénible. « Parle, Sienna... »

Huit secondes. Quelques secondes de plus et il allait rendre les armes. Trahir sa confusion, laisser son mur d'impassibilité se fissurer, faire tomber son masque. Il fallait tenir bon.

Neuf secondes. Qu'elle le délivre ! Les assauts répétés de la culpabilité martelaient les tempes du jeune homme, alors que sa garde s'érodait. Que pensait-elle, bon sang ?

Enfin, Sienna prit la parole. Sa voix cristalline était entachée d'acrimonie et de ressentiment, et Aaron se sentit comme pris en faute lorsqu'elle dit :


- Tu sais pertinemment que je ne pourrai pas t'oublier, Aaron.


Les mots résonnèrent douloureusement dans l'esprit d'Aaron. Je ne pourrai pas t'oublier... Sienna venait d'écrire en lettres de sang ce qu'Aaron savait sans vouloir l'admettre. Elle ne pourrait pas l'oublier. La froideur du ton qu'elle avait adopté laissait entendre « je ne pourrais pas t'oublier même si je le voulais ». L'évidence était enfin formulée à voix haute, clamée, presque, dans ce qui apparaissait comme un aveu de faiblesse de la part de la jeune fille. Mais en était-ce bien un ? Des deux, elle avait été celle qui avait eu le courage d'admettre la réalité : leurs vies étaient bien trop mêlées pour qu'il puisse sortir de la sienne si aisément.

Je ne pourrai pas t'oublier, Aaron... La question était : et lui, l'oublierait-il ? Aaron voulait, de tout son être, répondre « oui ». Oui, il était maître de ses souvenirs, roi de ses pensées, et rien ni personne ne pourrait le contraindre à se souvenir d'elle. Mais Sienna n'était pas n'importe qui. Ce qui était évident se révéla enfin au Sigma Mu : il ne pourrait pas l'oublier non plus. Après tout, plusieurs années s'étaient écoulées depuis qu'il l'avait quittée : s'il avait pu l'oublier, il l'aurait déjà fait, et la croiser par hasard dans les rues de Miami ne l'aurait pas perturbé à ce point. La réponse était indéniable : jamais il n'oublierait Sienna, et plus tôt il se rendrait à l'évidence, plus tôt il pourrait enfin passer à autre chose.

Aaron avait l'impression de perdre pied. Il sentait le reproche dans la voix de Sienna, celui qui disait « Tu ne peux donc pas voir la réalité en face ? ». Sienna était authentique et honnête ; lui était lâche et obstiné. Il préférait passer des années à se battre pour défendre ce qu'il voulait être sa réalité plutôt que d'admettre un échec. Il demeura silencieux, le regard fixé comme un automate sur les mouvements de Sienna, poupée de chiffon attendant en vain de savoir que faire. Il n'esquissa pas un geste lorsque Sienna recula, ni lorsqu'elle s'en alla pour disparaître dans la foule. Il demeura simplement là, immobile, absent au monde, les yeux toujours fixés sur le dernier endroit où Sienna s'était tenue avant de s'évaporer.


Tu sais pertinemment que je ne pourrai pas t'oublier, Aaron. Ces mots bourdonnaient à ses oreilles, stigmates de sa stupidité. L'erreur, il ne l'avait pas faite en rejetant Sienna, quelques minutes plus tôt ; elle était bien plus ancienne, bien plus profonde. L'erreur, c'était d'avoir laissé Sienna entrer dans sa vie il y avait des années de cela, de l'avoir laissée s'installer et imposer sa marque partout où elle passait. Il ne pouvait plus rien faire pour l'empêcher de venir le hanter. Mais le plus terrible, c'était qu'Aaron n'était même pas si mécontent de l'avoir revue. Il y avait une part de lui, refoulée tout au fond de son for intérieur, qui était heureuse d'avoir revu la jeune fille, qui voulait passer à nouveau du temps avec elle, qui voulait retenter l'aventure, quelles qu'en soient les conséquences.

Mais il était trop tard : Aaron l'avait blessée, elle ne reviendrait pas. D'ailleurs, c'était pour le mieux : Sienna n'était qu'un poids qui le retenait en arrière. Il avait eu raison de s'en débarrasser ainsi. Mais alors, pourquoi se sentait-il si coupable ?
La colère reprit soudain le dessus. S'il était perdu, c'était entièrement la faute de Sienna. Elle n'aurait pas dû l'aborder, elle n'aurait pas dû exister encore dans son monde. Elle n'avait pas le droit de le faire culpabiliser, pas le droit d'exiger quoi que ce soit de lui, pas le droit de se présenter face à lui, aussi resplendissante qu'autrefois, et de faire comme si rien ne s'était passé depuis !
Les émotions et pensées contradictoires du jeune homme enflèrent jusqu'à devenir insupportables. Brusquement, Aaron hurla et asséna un coup de poing au mur de béton qui lui faisait face. Une vague de douleur envahit son bras et parcourut son corps tout entier.


- Merde, putain... souffla-t-il d'une voix rauque, dépliant son poing meurtri où le sang affluait.


Le silence relatif de la venelle se remit à régner tandis que la respiration saccadée du jeune homme ralentissait. Le sang battait à ses tempes, et Aaron cracha à un enfant qui s'était aventuré dans la ruelle et le dévisageait :


- Qu'est-ce que tu regardes ?


L'enfant déguerpit. Reprendre le contrôle. Aaron se força à inspirer profondément, posant son front contre le béton dont la fraîcheur contrastait agréablement avec l'atmosphère suffocante. Tout ceci n'était qu'un gigantesque blague. Dans quelques jours, il en rirait, c'était certain. Il ne pouvait pas laisser une fille le déstabiliser de la sorte, c'était grotesque.

Mais cette fille, c'était celle qui avait su l'accepter tel qui l'était, sans compromis, sans chercher à le rendre meilleur, à le "sauver". Elle n'avait jamais tenté de le transformer, et l'avait au contraire porté au pinacle, à l'époque où il n'était qu'un vagabond, un chien errant - où il n'était rien. Elle était la seule personne qui avait su le comprendre, et pourtant, il venait de la repousser avec une violence dont il ne se croyait pas capable lui-même.

Le jeune homme se redressa et enfouit sa main dans sa sacoche. Ses doigts s'arrêtèrent sur une petite flasque de métal, qu'Aaron porta à ses lèvres. Il avala une gorgée du whisky bon marché qui lui brûla la gorge, et toussa faiblement. Il replaça distraitement le flacon dans son sac avant de passer une main endolorie sur son visage, comme pour chasser les dernières images de Sienna de son esprit.

« La liberté existe toujours. Il suffit d'en payer le prix. » écrivait Henry de Montherlant. Jamais cette phrase, qu'Aaron aimait à se répéter, n'avait eu autant de sens. Aujourd'hui, pour sa liberté, il avait sacrifié une part de son être. Et il n'était plus certain que cela en vaille la peine. Le jeune homme se sentait brusquement las et éreinté ; il savait d'ores et déjà qu'il n'accomplirait rien ce jour-là. Hagard, il sortit en chancelant de la venelle pour se fondre à son tour dans la vaste foule anonyme.
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MessageSujet: Re: [Terminé] Here he was. But something seemed off. [Aaron Gray]   [Terminé] Here he was. But something seemed off. [Aaron Gray] Icon_minitimeMer 7 Aoû - 17:25






Here he was. But something seemed off.
Aaron & Sienna

Alors que Sienna passait une main dans ses cheveux, Aaron baissait les yeux. Un geste que son conscient ne traita pas mais que son inconscient interpréta comme une raison de plus de lui en vouloir, d'être en colère contre lui. Qu'il aie détourné le regard parce qu'elle ne méritait pas qu'il la regarde ou parce qu'il voulait fuir sa réalité, ça revenait au même. Car oui, ce geste son inconscient le catégorisa comme une insulte et non comme un aveux de faiblesse. Il n'y avait que deux possibilités qu'il distillait dans la haine de Sienna, sans qu'elle ne s'en rende compte : soit il se jugeait supérieur, tellement plus important qu'elle qu'il pouvait se permettre de la snober, de ne même pas lui accorder le simple fait de la regarder. Soit il voulait la nier, elle mais aussi leur histoire. C'est pourquoi en cette seconde, en cet instant, elle le détestait. Elle le détestait comme jamais elle n'aurait cru pouvoir le détester, peut-être même comme jamais n'avait elle détesté quelqu'un. Et ça faisait mal. Sans compter qu'elle n'aimait pas ce que ça venait dire sur elle : elle était une personne capable de haine. Etait-ce possible ? Elle était obligée de constater que oui mais elle était complètement perdue, submergée par des émotions d'une force qui la dépassait, qu'elle ne pouvait contrôler.

Celui qu'elle avait appelé Macaron voulut alors dire quelque chose, sûrement pour lui faire savoir ce qu'elle avait déjà compris : il la détestait, il voulait qu'elle s'en aille. Seulement, il n'y parvint pas. Les mots qui s'échappèrent de ses lèvres étaient tout bonnement incompréhensibles. Si elle n'en était pas au point insensé (hystérique, vous dites?) où même le voir respirer l'exaspérait, il se peut qu'elle aie alors été attendrie. Il y avait en effet quelque chose de touchant à le voir ainsi perdre ses mots, s'embrouiller. C'était aussi effroyablement déstabilisant. Parce qu'Aaron n'était pas censé bafouiller, c'était tout à fait hors caractère. Si cette dispute avait eu lieu avec n'importe qui d'autre, sur n'importe quel autre sujet, c'était maintenant le moment où elle aurait pris fin. Juste comme ça, à peine commencée, la dispute se serait déjà éteinte. Sienna se seraient rendue compte que ça allait trop loin et, dans une rire, elle aurait soufflé « Il faut qu'on se calme, tu te rend compte dans quel état ça nous met, ces bêtises ? ». Mais voilà, elle n'était pas entrain d'avoir cette dispute avec n'importe qui mais avec lui, avec Aaron, celui qui avait, le temps d'un été, représenté son univers, sa source de joie et qui aujourd'hui, lui refusait tout ça. A peu de choses prés, il lui refusait même le souvenir de tout ça. Car en agissant ainsi aujourd'hui, il lui donnait l'impression qu'elle avait déformé ses souvenirs, que l'Aaron qu'elle imaginait quand elle revoyait des scènes de leur été, n'était pas le vrai. Le vrai, c'était celui qu'elle avait en face d'elle. Le vrai, elle le détestait.

Cette constatation, il y avait une partie d'elle qui refusait obstinément de la croire. Sienna se mit alors à souhaiter être capable de lire ses pensées, juste pour vérifier comment ça se passait là dedans, si elle avait bel et bien le vrai Aaron devant elle. Mais si elle avait été douée d'un tel pouvoir, elle n'aurait pas aimé ce qu'elle aurait alors pu lire. Elle n'aurait pas aimé qu'en ce moment, alors qu'elle l'accusait d'être égoïste, leurs visions du bonheur aient été si différentes. Car s'ils avaient été dans la fameuse pièce d'Anouilh, il aurait été beaucoup plus proche de Créon que d'Antigone. Lui qui semblait alors penser que le bonheur était a arracher avec les ongles, par lambeaux et aux détriments des autres. Il ne pouvait pas être plus loin de sa conception à elle. Elle, elle se laissait porter par les évènements, elle n'établissait pas de plan qui aurait pour visée ultime d'atteindre le bonheur, ou disons cette image du bonheur, que tous les hommes semblaient poursuivre. Pour elle, ce n'était qu'une question d'état d'esprit qui se jouait dans l'ici et maintenant, aussi usés que puissent être ces mots. Et puis surtout, elle n'aurait pu imaginer devoir écraser les autres pour garder le sourire. Ça n'avait pas de sens. Traitez la de naïve, d'idéaliste, de tout ce que vous voulez, ça ne la changera pas. Elle était trop artiste, trop attachée à sa vision poétique de la vie que pour se mettre à penser autrement. Se leurrait elle ? Peut-être mais c'était grâce à ça qu'elle affrontait chaque nouveau levé de soleil avec le sourire.

A bout de souffle, à bout de haine, elle finit par s'excuser. Elle venait de baisser les bras, de lui avouer sa faiblesse alors que ça ne lui ressemblait pas, que ce n'était absolument pas ce qu'elle voulait. Mais elle n'en pouvait plus. En l'espace de quelques secondes, cette histoire avait eut raison d'elle. Non, c'était faux, pas en l'espace de quelques secondes. En l'espace de quelques années. C'était depuis qu'il l'avait quittée, depuis qu'il était partit que cette histoire la travaillait. Alors, quelque part, il était peut-être bénéfique qu'elle arrête de s'y accrocher, qu'elle arrête de se battre contre elle-même pour continuer à y croire. Aurait-elle vécu plus heureuse si elle ne l'avait jamais revu, si elle avait toujours pu considérer le souvenir de lui comme quelque chose de positif, de précieux ? Impossible à dire. Peut-être que oui. Peut-être qu'elle aurait bel et bien du le laisser partir, le laisser disparaître dans la foule de Miami quand elle l'avait vu. Cependant, elle était là, elle ne pouvait pas revenir en arrière. Il n'était même pas sûr qu'elle puisse s'empêcher de lui courir après, de l'aborder, si on lui donnait la possibilité de revivre cet évènement. Il ne lui semblait pas avoir eu de prise sur cette réaction, elle avait suivit son instinct. Et puis aurait elle pu vivre ici en sachant qu'il y vivait aussi, tranquillement, sereinement, béni par l'ignorance de sa présence à elle dans sa ville ? Non. Tout comme elle n'avait pas pu rester plus longtemps à Gulfport quand il était partit, elle n'aurait pas pu rester dans une ville où le simple fait de savoir qu'elle pouvait le croiser au détour d'une rue la hanterait, la forcerait à penser à lui. Elle n'aurait pas eu l'esprit tranquille, elle aurait été forcée de s'en aller, perdant une nouvelle fois face à lui.

Pour toutes ces raisons, elle ne regrettait pas de l'avoir abordé même si ça avait mené à cette confrontation. Car il semblait qu'elle aie été nécessaire cette confrontation, que Sienna avait besoin de ça pour enfin, enfin arrêter de penser à lui avec nostalgie et mélancolie. Pourtant, jusqu'à aujourd'hui, elle pensait qu'elle avait réussit à tourner la page, qu'elle pouvait aller de l'avant le coeur léger en sachant que ce souvenir là était acquis, qu'elle le garderait toujours pour elle. Il fallait croire que la réalité était plus compliquée que ça, que son attachement à lui avait été trop fort que pour qu'elle le balaye paisiblement, simplement. Après tout, peut-être qu'elle avait besoin de cette « dispute » pour avoir la preuve qu'ils n'étaient pas fait l'un pour l'autre, qu'elle pouvait arrêter de voir leur romance comme un idéal. Ce qu'ils avaient vécu était assez fort que pour mériter une rupture fracassante, avec éclats.

C'est pourquoi, quand il s'exprima enfin, il continua de l'insulter. Son ton était trop posé, trop calme, on aurait dit que tout ça ne l'atteignait pas, qu'elle était la seule ici à être emportée par ses émotions. Elle eut alors comme l'impression de se heurter violemment à un mur. Elle aurait mille fois préféré qu'il se mette à crier. Au lieu de ça, d'une voix monocorde, il lui dis tout simplement qu'elle n'avait pas à s'excuser. Les larmes manquèrent de lui monter aux yeux. Seulement, elle ne pouvait pas pleurer devant lui. Elle s'était déjà beaucoup trop dévoilée, elle l'avait déjà beaucoup trop laissé voir qu'il la rendait fragile. La seconde d'après, son coeur menaçait de lâcher. Il n'avait plus rien à lui offrir. Elle fronça les sourcils, perplexe. Elle ne voulait pas qu'il lui offre quelque chose, elle voulait qu'ils partagent quelque chose. Enfin, avait voulu. Parce que là, elle ne voulait plus rien avoir à faire avec lui. Il l'avait déçue, il l'avait blessée. On peut dire qu'il l'avait trahie aussi, quelque part. Du coup, elle ne répondit pas.

Avait elle cru qu'il leur serait possible de revivre le passé ? Non. C'était exclut, impossible. Ce n'était pas ça qu'elle avait voulu en l'abordant. Qu'avait elle voulu alors ? Elle ne le savait même pas elle-même, elle n'avait pas du tout calculé les conséquences de ses actes. Peut-être ce serait elle contentée de discuter du passé avec lui, le temps d'une journée, peut-être même d'une nuit. Puis ils se seraient à nouveau séparés, conscients l'un et l'autre que leur souvenir était intact. Non, à bien y réfléchir, même ça, ça aurait été impossible. Parce qu'il n'était pas sûr qu'elle aie eut la force de le laisser partir. Elle n'était même pas certaine que si, cet été là, il n'était pas partit sans la prévenir, elle l'eusse laissé faire. Or, tenter de le retenir aurait gâcher ce qu'ils avaient. Alors, qu'avait-elle espéré en lui tapotant l'épaule quelques minutes plus tôt ? Elle n'en savait rien. Retiendrait elle la leçon ? Non.

Il lui demanda alors de l'oublier. Sienna croisa les bras sous sa poitrine, ce geste presque inconscient qui symbolisait la défense, le repli. Son coeur battait trop vite, trop fort et on peut dire qu'elle trahissait ainsi de façon physique les efforts qu'elle faisait pour l'empêcher d'exploser, de s'échapper de sa poitrine. Ce qu'il lui demandait frôlait l'absurde. L'oublier. Comment pouvait elle l'oublier ?! Se rendait il compte de ce qu'il disait et des implications qui en découlaient ? La question lui brûlait les lèvres, elle était à deux doigts de la laisser exploser. Mais pour deux raisons, elle réussit à s'en empêcher. Tout d'abord, elle n'allait pas lui faire le plaisir de continuer à s'emporter toute seule, face à lui qui semblait à présent garder son calme si facilement. Ensuite, parce que la question en elle-même était stupide. Bien sûr qu'il savait ce qu'il disait, c'était Aaron tout de même, qu'elle le veuille ou non, c'était bien lui. Alors elle pouvait être sûre qu'il avait mesuré la portée de ses mots avant de les prononcer. Il souhaitait réellement qu'elle l'oublie.

Elle resta un moment, peut-être dix secondes, à le regarder dans les yeux, sans répondre. En cet instant, elle se demandait si ça valait la peine de continuer à se battre. S'il fallait qu'elle dise quelque chose pour calmer le jeu, pour lui faire oublier qu'elle s'était emballée à ce point là. Ce n'était pas l'image qu'elle voulait qu'il garde d'elle. Mais ce qu'elle voyait dans ses yeux l'empêchait de se calmer, empêchait son coeur de ralentir et son esprit de se clarifier. Elle ne pouvait pas simplement soupirer, comme lui, et laisser s'en aller tout ce qu'elle ressentait. Le grondant alors comme un enfant qui venait de dire une connerie, elle s'exclama froidement :

- Tu sais pertinemment que je ne pourrai pas t'oublier, Aaron.

« Alors arrête de jouer au con, maintenant », termina t'elle pour elle-même. Si elle ne le dit pas, c'était tout simplement pour ne pas tomber dans la vulgarité, ils étaient assez bas comme ça, pas besoin d'en rajouter. Il fallait qu'elle s'en aille maintenant. Il fallait qu'elle s'en aille parce qu'elle ne supporterait pas que ce soit à nouveau lui qui l'abandonne là. Mais c'était plus facile à dire qu'à faire. Elle avait encore et toujours l'impression folle que la situation allait s'inverser d'un instant à l'autre, qu'ils allaient rire de tout ça et que tout redeviendrait normal. Mais c'était quoi « normal » ? Il n'y avait pas de « normal » pour eux. Il fallait qu'elle s'en aille maintenant.

Sienna fit alors un pas en arrière, celui qu'elle s'était interdit de faire plus tôt. D'une façon extrêmement puérile, elle avait envie de tourner les talons sur une phrase du genre « Je te déteste ». Mais à quoi bon ? Ça ne ferait que la tourner en ridicule. Et puis, ce n'était pas tout à fait vrai. Certes, elle s'interdisait d'y penser mais il restait que ce n'était pas vrai, elle ne le détestait pas. Elle se rattachait à la haine parce que c'était beaucoup plus facile comme ça. Elle faisait le choix de se laisser aveugler par elle. Elle ne trouvait rien à lui dire pour clore leur « dispute ». Elle ne pouvait pas lui souhaiter d'avoir une bonne vie parce que ça reviendrait à l'imaginer heureux sans elle, ce qui était trop difficile. Elle ne pouvait pas lui dire au revoir parce qu'elle ne le reverrait pas. Elle ne pouvait pas lui dire Adieu parce qu'elle n'était pas croyante. Il n'y avait rien qu'elle puisse ajouter. Alors juste comme ça, elle s'en alla. D'un pas rapide elle retourna se perdre dans la foule, vaguement consciente des larmes qui coulaient sur ses joues.  

© Fiche de Hollow Bastion sur Bazzart


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MessageSujet: Re: [Terminé] Here he was. But something seemed off. [Aaron Gray]   [Terminé] Here he was. But something seemed off. [Aaron Gray] Icon_minitimeDim 4 Aoû - 19:06

Something seemed off.
Sienna & Aaron



Sienna. Ce prénom bourdonnait aux oreilles d'Aaron, heurtant les parois de son esprit comme pour s'en affranchir et résonner à l'air libre. Mais prononcer ce nom, c'était reconnaître son existence, c'était donner à ce spectre de son passé le pouvoir d'agir dans le présent. Et pourtant, les lèvres d'Aaron se descellèrent pour formuler ce mot, prononcé tant de fois dans ses souvenirs. Sienna... Se pouvait-il qu'elle ait une telle emprise sur lui, aujourd'hui encore ? Comment cela était-il possible, comment était-ce seulement envisageable qu'elle puisse  le troubler, alors que tant d'années s'étaient écoulées depuis son départ ? Cette pensée fut bientôt supplantée par une sourde colère, qui s'amplifia jusqu'à obombrer les prunelles diaphanes du jeune homme : cette fille n'avait rien à faire dans sa vie, et elle allait en sortir immédiatement. Aaron ne se rendait pas compte, à cet instant précis, de la naïveté d'un tel raisonnement. Car Sienna ne partirait jamais vraiment...

Alors que la force des émotions confuses du Sigma Mu s'exprimait dans un geste pour la tirer à l'écart de la foule comme du vulgaire bétail, Sienna hurla :


- LÂCHE-MOI !


Aaron se figea. Il s'était tellement concentré sur les implications de la venue de Sienna sur sa propre vie qu'il en avait oublié son tempérament impétueux : Sienna n'était pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Il l'avait énervée, et elle le lui ferait bien sentir. Mais cela importait peu : elle avait eu tort de le suivre de la sorte, et de faire irruption dans son univers, comme si elle se croyait détentrice d'une sorte de laisser-passer vers sa vie privée dont elle aurait eu la garde exclusive, elle, Sienna Cassady. Qu'elle se détrompe : elle n'était rien de plus qu'une intruse, un virus indésirable, qu'Aaron allait au plus tôt évacuer de son système.

La jeune fille rompit brutalement le contact de la main d'Aaron sur son bras, et recula jusqu'à heurter le mur. Elle qui, à peine quelques secondes plus tôt, était venue chercher le contact avec lui, le fuyait comme s'il représentait à présent une menace pour elle. Et pouvait-il vraiment l'en blâmer ? Aaron lui-même ne se reconnaissait pas dans ses actes. Qu'est-ce qui lui arrivait, bon sang ? Il aurait dû être indifférent à son arrivée. Or il était là, à bouillonner de rage sans raison, à la merci des événements comme une plume dans la tempête. Pour le mettre dans un état pareil, cette fille était sans conteste dangereuse. Il ne pouvait pas la laisser avoir une influence sur sa vie. Il allait s'en débarrasser, et le plus tôt serait le mieux.

Curieusement, Aaron sentit son ventre se serrer une fraction de seconde lorsque Sienna passa la main dans ses cheveux. C'était un geste anodin, qu'elle effectuait inconsciemment, mais c'était une nuance de plus sur la toile polychromatique de ses nombreuses manies, de ses regards, de ses sourires, de tout ce qui participait de son identité si colorée et particulière. Ce geste semblait vouloir dire « c'est bien moi, Sienna : je suis bien là devant toi, et tu ne peux pas m'éviter ». Aaron baissa les yeux, comme contraint par cette vision insupportable, et lorsqu'il les releva vers la jeune fille, sa main gracile était revenue dans sa position naturelle.

Aaron voulut alors parler, cracher tout le venin que la vue de Sienna lui inspirait, mais les mots qui franchirent ses lèvres n'étaient qu'un ensemble confus et inintelligible. Aaron n'était pourtant pas n'importe qui : la parole était son domaine et la prérogative à son statut de dandy - à la fois un instrument et une finalité, un pan entier de son être. Il l'avait apprivoisée, domptée, pour s'en forger une arme indéfectible. Il s'en servait pour manipuler son entourage, pour disserter avec éloquence, pour tourner ses nemeses au ridicule, pour s'imposer et prendre le contrôle. Qu'une simple gamine puisse lui ôter cette faculté précieuse, c'était... déconcertant. Et terrifiant.

Alors elle lui répondit. Et si sa voix laissait percer sa déception – il l'avait blessée, tant mieux, cela la ferait partir plus vite – ses yeux se chargèrent d'une haine virulente. Et curieusement, alors même qu'il aurait dû s'attendre à une telle réaction, l'espérer, même, Aaron fut agacé de voir ce mépris chez elle. C'était lui qui devait être en colère. Elle n'avait pas le droit de le toiser de la sorte et d'insinuer qu'il était en tort.


- Est-ce que tu te rends compte de l'égoïsme de tes paroles ? Le monde ne tourne pas autour de toi.


Alors pourquoi se tenait-elle face à lui, s'il était si égoïste ? Elle le connaissait, pourtant ; elle aurait dû s'attendre à sa réaction. Egoïste ? Oui, il l'était. Il ne s'était pas demandé une seule seconde s'il pouvait la blesser en la rejettant de la sorte. Mais le monde dans lequel ils vivaient était une jungle, il fallait se battre pour en sortir indemne. Il ne laisserait rien ni personne entraver sa progression et entamer sa liberté. Certains seraient blessés. Mais chaque guerre fait des victimes, chaque combat laisse des hommes au sol, chaque lutte brise des vies. Sienna était simplement un... dommage collatéral. Au profit d'une cause plus grande, plus noble : l'accomplissement d'un destin, l'acceptation de la Vie tout entière, avec ses montagnes et ses précipices, ses éthers et ses ténèbres, ses bourgeons et ses dépouilles. Il valait mieux un seul homme qui parvienne à vivre totalement, entièrement, à extraire de la vie son nectar sacré, plutôt qu'un monde d'êtres indifférents, aux vies médiocres et aux rêves accessibles. Cet univers avait besoin de Prométhées, d'hommes qui déroberaient aux dieux leur feu sacré, cette Nature voulait qu'on défie ses lois, qu'on transcende sa matérialité, qu'on brave sa finitude, et si Aaron devait être le seul à éprouver cette mission d'un ordre supérieur, eh bien au moins la nature humaine se serait accomplie dans un homme. « Le monde ne tourne pas autour de toi » ? Si, le monde d'Aaron tournait autour de lui, comme celui de chaque homme tourne autour de sa propre personne. L'homme est roi, le roi d'un univers. Chacun de nous est là comme au cœur du monde... Alors oui, il était égoïste, mais cela n'avait rien d'un défaut. Elle aurait dû prendre exemple sur lui, et s'affranchir de ses attaches ; elle n'aurait alors pas été dans cette situation à cet instant précis, et n'aurait pas eu à essuyer une telle désillusion. Peut-être que cela lui servirait de leçon...


- Je ne t'ai pas suivi. Comment diable veux-tu que je fasse ça ? Et pourquoi est-ce que je le ferais ? Tu ne me connais donc pas ? Je t'ai promis de ne pas te chercher. Je ne l'ai pas fait. Ce n'est pas de ma faute si l'univers a un drôle de sens de l'humour.


Aaron tenta de se convaincre qu'elle mentait, mais en son for intérieur, il savait qu'elle disait la vérité. Comme toujours. Sienna était authentique, elle était vraie. La candeur avec laquelle elle était venue à lui en était la preuve formelle. Quelque part, Aaron était soulagé de savoir qu'elle n'avait pas rompu leur promesse. Quelque chose en lui s'attachait à leur histoire et à son dénouement : Sienna était la seule personne avec qui il avait eu une relation idéale, sans heurts, à la fois simple et sincère, et cela n'aurait pas pu durer. Alors se séparer sans dire au revoir était la meilleure chose qui pouvait leur arriver. En un sens, la quitter du jour au lendemain était le plus grande marque de respect qu'Aaron lui avait adressée. Une manière de dire : « ce que nous avons vécu est précieux ; refermons vite l'écrin avant que le joyau ne s'érode ».
Mais la boîte de Pandore avait été rouverte, et la blague que faisait l'univers était de très mauvais goût. Aaron en voulait à Sienna : il lui en voulait de l'avoir abordé, au lieu de simplement passer son chemin ; il lui en voulait d'avoir refait irruption dans sa vie, d'avoir ouvert en grand les portes d'un passé qu'il souhaitait laisser dans son dos, il lui en voulait d'éveiller en lui ce maelström de sentiments contradictoires. Et il lui en voulait de faire vaciller toutes ses certitudes.

Passé l'agacement premier, ces paroles furieuses eurent l'effet paradoxal d'apaiser Aaron. Une partie de leur histoire était préservée par ce serment inaltéré, et cette rencontre inopportune était une preuve supplémentaire, s'il en était réellement besoin, que la vie réservait bien des mauvaises surprises. Tu ne me connais donc pas ? Si, il la connaissait, et mieux que personne. Cette connaissance privilégiée était précieuse, et, quelque part, Aaron était heureux de savoir qu'elle n'avait pas tant changé que cela, et qu'il aurait pu connaître ses véritables intentions. Tous deux venaient de se méprendre sur les intentions de l'autre ; ils avaient perdu la main, en un sens. Mais au fond, ils étaient l'un pour l'autre la personne la plus sûre et la plus dangereuse à la fois. Dans ce regard franc et inébranlable, Aaron retrouvait la Sienna qu'il avait rencontrée plusieurs années de cela, celle qui le défiait, celle pour qui il aurait peut-être encore eu des sentiments s'il n'avait pas laissé la colère et la peur prendre possession de son être. Mais soudain, ces iris ambrés s'assombrirent, pour se voiler de ressentiment et de douleur. Il l'avait blessée. Ce qu'il avait cherché par tous les moyens à éviter lorsqu'il l'avait quittée, quelques années plus tôt, il venait de le faire, ici, à Miami. Et il l'avait fait de son plein gré. Le visage d'Aaron demeura impassible lorsque son interlocutrice dit :


- Ecoute... Je suis désolée d'avoir cru que je pouvais encore représenter quelque chose pour toi. Je suis désolée de t'avoir abordé sans réfléchir. Cette ville est assez grande pour nous deux. Si tu ne veux pas me voir, tu ne me verras pas.


Le Sigma Mu ne savait plus que penser. Ce revirement d'attitude était aussi surprenant qu'il était prévisible chez Sienna ; mais il était tellement plus simple d'être en colère contre elle, qu'elle soit en colère contre lui, et qu'ils se séparent dans ces conditions ! La voir soudainement si vulnérable était un supplice : Sienna n'était pas vulnérable ; lorsqu'il l'avait connue, c'était une jeune femme forte, indépendante, sûre d'elle. Il venait de la blesser, il avait voulu la blesser, mais au fond, tout au fond de lui, ce n'était pas ce qu'il souhaitait. Elle venait de lui faire un aveu de sa faiblesse, de son attachement à lui, désolée d'avoir cru que je pouvais encore représenter quelque chose pour toi. Elle l'avait abordé « sans réfléchir », avec sa spontanéité et son naturel habituels, et lui, il l'avait crue fausse ; il venait de l'insulter. Sienna ne s'était jamais excusée auprès de lui auparavant. Leur relation était fondée sur une acceptation mutuelle de l'autre, avec ses qualités et ses travers ; jamais elle ne l'avait blessé, jamais elle ne lui avait causé de tort, et jamais elle n'avait eu à s'excuser. D'ailleurs, Aaron n'aurait pas accepté ses excuses : elle ne lui devait rien, elle n'avait aucun compte à lui rendre. Alors ces quelques mots, « je suis désolée », le déstabilisèrent profondément. Quelque chose venait de se rompre entre eux, et il n'était plus certain de le vouloir. Aaron se passa une main sur le visage, comme pour le laver de la souillure de son propre comportement. Il était toujours en colère contre elle, et il désirait plus que tout au monde la chasser de sa vue et de son esprit, avec l'espoir naïf que cela la ferait sortir à jamais de sa vie, mais la violence tant physique que verbale ne servirait à rien dans cette situation. Il répondit d'un ton vidé de toute émotion, comme un automate :


- Tu n'as pas à t'excuser. Surtout, surtout, qu'elle ne s'excuse pas. Il avait beau lui en vouloir, ces excuses étaient la pire insulte qu'elle puisse lui adresser. Le regard perdu dans ces grands yeux céladon, Aaron ajouta ce qu'il pensait être la stricte vérité : Je n'ai plus rien à t'offrir, Sienna. On ne peut pas revivre le passé...

Il se sentait brutalement vidé, impuissant. Il ne pourrait jamais retrouver ce qu'il avait avec la jeune fille ; il était temps qu'ils tournent la page tous les deux.
Aaron la dévisagea en silence un instant, se forçant à ignorer sa beauté sauvage qui avait conquis son cœur dans le passé, et, après un soupir, il conclut :


- Tu ferais mieux de m'oublier.


Inutile de se mentir : se séparer de Sienna une seconde fois était douloureux. La sylphide aux yeux de braise avait laissé son empreinte sur son âme et y avait imprimé son nom au fer rouge, et tous les efforts que le Sigma Mu avait déployés pour l'oublier avaient été vains. Alors il s'était contenté de ne plus penser à elle, se persuadant que s'il la revoyait un jour, il l'aborderait comme une vieille connaissance, et la quitterait avec indifférence. Leur première séparation s'était faite sans souffrance, de son côté en tout cas : il l'avait abandonnée après avoir eu le sentiment d'avoir vécu tout ce qu'il pouvait vivre avec elle. Mais cette nouvelle rencontre, des années après, changeait la donne. Elle n'avait pas rouvert une plaie : elle venait pour la première fois d'en infliger une. Ce qui s'était passé sans heurts, quelques années plus tôt, venait de se dérouler sous la forme d'une explosion verbale. On aurait dit qu'ils venaient de rompre, comme n'importe quel couple lambda. Mais ils n'étaient pas un couple lambda. Ils étaient Aaron et Sienna, Sienna et Aaron, et leur histoire n'aurait pas dû se terminer ainsi. Elle aurait dû se terminer des années plus tôt, lorsqu'il l'avait quittée sans se retourner. Mais n'était-ce pas ainsi qu'Orphée avait failli ramener son Eurydice à la vie ? Aaron avait fait tout son possible pour la faire fuir, et ces dernières paroles étaient plus difficiles à prononcer qu'il ne l'avait pensé. Mais c'était un mal nécessaire : dès le lendemain, cette histoire grotesque serait oubliée.


L'orbe à l'incoercible splendeur poursuivait sa course inexorable vers le zénith, inondant la venelle de ses rais flavescents, et ils étaient là, deux êtres insignifiants en proie à des émotions pourtant si intenses, et d'apparence si réelle. Ils n'étaient rien, et pourtant, Aaron sentait qu'il ne sortirait pas de cette rue indemne. Dans son âme continuaient de s'affronter une rage inextinguible et une sourde angoisse, que le temps seul saurait apaiser. Car pour la première fois de sa vie, Aaron avait la sensation d'avoir perdu le contrôle sur son destin. Pour la première fois, il lui semblait n'être qu'un vulgaire pantin entre les mains d'un marionnettiste fou qui, lorsqu'il sectionnerait les fils qui le retenaient, le laisserait perdu et haletant. Pour la première fois, et même si ce qui dominait en lui en cet instant précis était la volonté de se débarrasser de Sienna au plus vite, Aaron ne savait pas s'il allait être en mesure de poursuivre sa route sans regarder en arrière, sans regretter ses actes. Et cette pensée était insupportable.
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MessageSujet: Re: [Terminé] Here he was. But something seemed off. [Aaron Gray]   [Terminé] Here he was. But something seemed off. [Aaron Gray] Icon_minitimeMar 21 Mai - 19:29






Here he was. But something seemed off.
Aaron & Sienna

Il y eut comme un moment de battement. Une petite seconde, volée au temps, pendant laquelle il ne se passa rien. Tout était figé, les gens autour d'eux n'existaient plus, elle ne voyait que lui. Elle l'avait retrouvé, elle avait enfin pu prononcer son surnom en s'adressant à lui. Mais quelque chose n'allait pas. Dés que l'adrénaline de l'impulsion qui l'avait fait courir jusqu'à lui s'était dissipée, elle s'était retrouvée dans l'incertitude. Agir sans réfléchir, ce n'était pas toujours une bonne idée. C'était une leçon qu'elle avait maintes et maintes fois apprise mais qu'elle ne retiendrait jamais. Parce que, une fois de temps en temps, il résultait quelque chose de merveilleux de l'impulsivité. Quelque chose de fou et d'incroyablement beau qui n'aurait pas pu prendre place sans cette petite étincelle de folie impulsive. Et ça, ça n'avait pas de prix. Elle n'arrêterait donc jamais d'agir selon ses instincts et envies du moment, quel que soit le nombre de gifles violentes qu'elle se prendrait. Quoi qu'il en soit, pendant cette seconde de flottement, tout était encore possible. C'était aussi ça que Sienna aimait dans la vie : son imprédictibilité. La même action n'avait jamais les mêmes conséquences. Ou du moins, pas exactement les mêmes. Il y avait trop de facteurs, les hommes étaient trop complexes. Et c'était là tout l'intérêt du jeu.

Le temps finit par reprendre ses droits et Aaron réagit. Il prononça son nom. Une partie des inquiétudes de la jeune femme se calmèrent alors : il ne l'avait pas oubliée. S'il les avait oubliés, elle et leur histoire, elle aurait sûrement eu beaucoup de mal à l'encaisser. Car, depuis leur séparation, cet été-là avait pris une valeur poétique et douce. Sans qu'elle ne vive qu'en pensant à ça du matin au soir, c'était, et ça resterait toujours, l'un de ses plus précieux souvenirs. Si lui ne s'en était pas souvenu, il aurait été réduit à néant, perdant le reste d'importance qu'il avait. Elle aurait été mise le nez devant sa propre sentimentalité débordante, obligée de se rendre compte que leur passion n'avait été qu'une chimère. Elle était donc, en quelque sorte, rassurée.

C'était cependant bel et bien de la surprise qu'elle avait entendu dans sa voix et qu'elle lisait à présent sur son visage. Un sentiment tout à fait compréhensible mais qu'elle percevait comme teinté d'angoisse. Elle-même ne s'attendait pas à le revoir aujourd'hui. Ni à le revoir tout court, d'ailleurs. Elle pouvait donc facilement concevoir sa surprise. Et, inconsciemment, elle fut persuadée que ses traits allaient s'adoucir d'une seconde à l'autre, qu'elle allait pouvoir revoir son sourire. Ce sourire qu'elle avait aimé s'imaginer comme lui étant réservé, ces semaines d'été à Gulfport. Peut-être que si elle attendait encore quelques secondes...

Malheureusement, ce n'est pas un sourire qui laissa place à la surprise mais une émotion toute autre. Une émotion qui assombrit son visage comme l'orage assombrissait le ciel. Sienna fut ramenée sur terre de force, obligée de faire face à la constatation suivante : il n'était pas heureux de la revoir. Plus que ça, il semblait carrément lui en vouloir alors qu'il l'accusait de l'avoir suivis. Cette révélation eut au moins le mérite de la secouer. Non mais oh ?! Pour qui il se prenait ? Pire que ça : pour qui il la prenait, elle ?! Est-ce qu'il pensait réellement qu'elle était aussi pathétique que ça ?! Ainsi, elle n'était pour lui qu'une admiratrice de plus qui ferait n'importe quoi que pour le retrouver, revenir vers lui ?! Le désarroi mêlé à la colère lui fit manquer d'air. Et, sans air, elle était bien incapable de former des phrases pour se défendre. Le plus dingue, dans tout ça, c'était qu'une toute petite poignée de seconde plus tôt, elle était heureuse. La réciproque était donc vraie : lui aussi avait un pouvoir certain sur ses émotions.

Alors qu'elle retrouvait enfin son souffle et qu'elle s'apprêtait à laisser échapper son énervement, il l'attrapa par l'avant-bras et l'attira dans une venelle adjacente. Elle en hoqueta de surprise. Elle n'avait pas envie qu'il l'emmène à l'écart. Elle n'en avait rien à faire elle, de se faire bousculer par les passants ! Et puis, elle ne reconnaissait pas l'homme qu'elle avait en face d'elle. Elle ne lui faisait plus confiance. Une partie d'elle, révoltée, avait juste envie de tourner les talons et de s'en aller sans regarder derrière elle. Mais une autre part, beaucoup plus sentimentale, restait attachée à lui et à l'espoir qu'il y avait une explication à son comportement froid et violent.

- Qu'est-ce qui t'a pris de débarquer ici comme ça ?
- LACHE MOI !

Fut la première chose qu'elle lui répondit, joignant le geste à la parole en écartant violemment son bras pour qu'il lui échappe des mains. Ensuite, elle recula d'un pas, nerveusement, comme pour lui échapper, et son dos rencontra le mur. Fébrilement, elle utilisa sa liberté retrouvée pour passer ses mains dans ses cheveux. Le geste ne la calma pas. Sa respiration était saccadée, bouleversée.

Mais il ne lui fallut pas plus d'une seconde pour retrouver sa consistance. Elle se redressa alors, fière. Et, les yeux plantés dans les siens, elle refit deux pas dans sa direction, lui montrant par là-même qu'elle n'avait pas peur de lui. Elle n'avait jamais eu peur de lui et ça n'allait pas commencer aujourd'hui. Il pouvait prendre tous les airs menaçants qu'il voulait, ça ne fonctionnerait pas. Pas avec elle. Les yeux plissés par la haine, un sentiment qu'elle n'aurait jamais imaginé éprouver en pensant à lui, elle prononça :

- Est-ce que tu te rend compte de l'égoïsme de tes paroles ? Le monde ne tourne pas autour de toi.

Son regard ne quitta pas le sien un seul instant. Et elle ne lui laissa pas le temps de répondre, enchaînant sur un ton méprisant. Malgré qu'elle essayait de le cacher, il était évident qu'elle était blessée et on pouvait l'entendre dans sa voix.

- Je ne t'ai pas suivis. Comment diable veux tu que je fasse ça ? Et pourquoi est-ce que je le ferai ? Tu ne me connais donc pas ? Je t'ai promis de ne pas te chercher. Je ne l'ai pas fais. Ce n'est pas de ma faute si l'univers a un drôle de sens de l'humour.

Elle se calma légèrement et pensa à faire à nouveau un pas en arrière. Elle était trop proche de lui et ça la perturbait beaucoup plus qu'elle ne l'aurait voulu. Mais faire un pas en arrière c'était avouer sa faiblesse. En ce moment, elle aurait préféré se faire tirer une balle dans la jambe que de faire preuve de faiblesse devant lui. Par contre, son regard, jusqu'ici brillant de colère, se ternit. Il lui avait fait beaucoup plus mal que ce qu'elle aurait pu prévoir.

- Ecoute... Je suis désolée d'avoir cru que je pouvais encore représenter quelque chose pour toi. Je suis désolée de t'avoir abordé sans réfléchir. Cette ville est assez grande pour nous deux. Si tu ne veux pas me voir, tu ne me verra pas.

Lunatique, vous dites ? Une vraie girouette émotionnelle, oui ! Elle était maintenant entrain de s'excuser ! Passer par toutes ces émotions en si peu de temps avait eu raison d'elle. Tout ce qu'elle voulait maintenant, c'était rester seule. L'épisode allait certainement faire ressurgir ses angoisses primaires dont celles concernant l'attachement. Mais elle n'avait pas envie d'être en sa présence quand ça se passerait. Elle ne voulait absolument pas qu'il voit l'importance qu'il avait pour elle.

© Fiche de Hollow Bastion sur Bazzart


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MessageSujet: Re: [Terminé] Here he was. But something seemed off. [Aaron Gray]   [Terminé] Here he was. But something seemed off. [Aaron Gray] Icon_minitimeJeu 16 Mai - 23:39

Something seemed off.
Sienna & Aaron


Lonely Boy by The Black Keys on Grooveshark

Sol lucet omnibus...
Cette journée allait être parfaite.

Alors que l'astre du jour se levait et qu'Helios lançait son quadrige dans le dôme céruléen, inondant les rues bitumées de sa lumière fauve, un homme quittait son appartement et se dirigeait vers le centre-ville.

Pour la grande majorité de la population de Miami, c'était un jour comme les autres. La matinée était à peine entamée, et pourtant les rues foisonnaient déjà de monde, dans une mosaïque polychrome et mouvante qui imprimait son ekphrasis dans l'esprit de l'homme qui les parcourait à présent. Dans les boutiques, dont les lumières ne s'éteignaient jamais, les vendeurs s'activaient, poussant les clients à n'acheter que des articles dont ils n'auraient pas l'usage, et qui finiraient leur vie dans un placard exigu puant le renfermé. Le regard de l'homme se promenait d'un bâtiment à l'autre, d'un visage à un autre, sans jamais s'arrêter plus d'une seconde, embrassant le tableau qui s'offrait à lui dans sa globalité. Les klaxons exubérants des voitures de luxe ponctuaient son parcours comme autant de rappels à la réalité lorsque son esprit vagabondait trop loin, trop longtemps.

La ville était organique, vivante. Elle exhalait un souffle méphitique alors que la température du macadam montait graduellement. L'été était proche, mais, en Floride, il n'était de toute façon jamais bien loin. L'homme était vêtu d'un simple T-shirt et d'un jean, un chapeau élimé protégeant sa tête du soleil écrasant. Ce qui rendait la ville si attrayante et nouvelle à ses yeux était le fait qu'il n'était pas issu de celle-ci. Ses racines étaient certes enfouies dans les rues de Los Angeles, mais ses rameaux s'étaient déployés vers un autre soleil. Ses pieds avaient foulé les chemins de terre des Etats du sud du pays, ses mains frustes avaient conduit les tracteurs des exploitations qui s'étendaient à perte de vue ; la terre était son foyer, et le ciel son horizon. Cela faisait plusieurs années qu'il vivait à Miami. Et pourtant, à travers ses yeux translucides, la ville n'était jamais la même. Loin d'être la prison qu'il avait tant redoutée, Miami s'était révélée un havre de sérénité, mais aussi un terrain d'expérimentation. Cet apatride, ce sans-famille, vulgaire vaurien, simple vagabond, médiocre va-nu-pieds, paria parasite, s'était enfermé délibérément dans cette geôle ouverte sur le ciel. Est-on vraiment prisonnier lorsque l'on a choisi sa réclusion ?

Vue de loin, la skyline de Miami se découpait sur le ciel comme sur une carte postale figée – un anti-trompe-l'oeil : car lorsqu'on y regardait de près, on y découvrait une vie grouillante et fébrile. Un vieil homme jouait de l'accordéon sous le regard dédaigneux des passants. La main de l'homme plongea dans la poche de son jean et s'arrêta sur la surface froide d'une pièce de monnaie usée. Il la jeta dans le gobelet fendu qui servait d'écrin au précieux butin du musicien avec un sourire furtif. Il se reconnaissait en lui ; il avait lui aussi fait du trottoir sa scène et des citadins son auditoire au cours de ses errances, plaquant des accords sur sa guitare en espérant réveiller chez ces inconnus cette inclination universelle pour la musique, ou plutôt pour le sentiment qui émane d'un morceau, le transcende, et lui donne par là même, dans un mouvement dialectique, son unicité. Mais c'était une musique de vagabond, une musique de bohémien, un portrait de vie davantage qu'une œuvre d'art. Aaron avait toujours eu en lui ce profond regret de n'être pas capable d'être un artiste, ou, du moins, de se considérer comme tel ; il jouait pour gagner de quoi manger, jamais pour la Musique en elle-même. Et pourtant, il avait toujours admiré les artistes de rue – musiciens, peintres, qui jetaient leur matière sur une toile de pierre et de bitume, dans une immense galerie à ciel ouvert.

A mesure que l'orbe nitide poursuivait sa course vers le zénith, les tours s'embrasaient, réduites à l'état de vulgaires allumettes entre les mains d'une Nature omnipotente, et les surfaces spéculaires des gratte-ciel étaient peu à peu immolées par les rayons. Les vapeurs fuligineuses qui s'échappaient des pots d'échappement se dissipaient dans l'air brûlant, tandis que des bulles de savon éclataient silencieusement sur les immenses vitres devant lesquelles les laveurs de carreaux s'activaient. Les pas de l'homme martelaient le trottoir à un rythme irrégulier, alors qu'il se frayait un chemin au cœur de la foule. Dans cette masse diaprée, il était anonyme. Personne ne connaissait son nom, les traits même de son visage étaient ignorés de tous. Il était simplement un homme, insignifiant, inutile, confronté à une altérité qu'il se surprenait à aimer explorer.

A en juger par sa démarche leste et assurée, il devait avoir quelqu'objectif en tête, et une destination à atteindre. Ce n'était pas le cas. L'homme n'avait jamais compris pourquoi ses congénères, lorsqu'ils ne savaient pas où aller, marchaient lentement. A quoi bon ? Une intersection, et donc le moment de faire un choix, arriverait plus vite ; mais qu'est-ce que cela changeait, exactement ? Quitte à prendre une décision, autant la prendre rapidement. Alors il marchait, et dans ses prunelles hyalines dansait une lueur ardente, tandis qu'un vague sourire flottait sur ses lèvres. Lorsqu'il écumait ainsi les rues de Miami, il avait l'impression de retrouver ses sensations d'antan, lorsqu'il était encore nomade et sillonnait le pays à pied et en auto-stop. La ville était immense, il n'en aurait jamais fait le tour. Et cette part de mystère qui recouvrait la cité comme un voile caligineux était l'une des raisons pour lesquelles l'homme y résidait encore. Car l'objet de sa quête, qu'il avait entreprise des années auparavant, alors qu'il n'était encore qu'adolescent, était l'inconnu : c'était le telos de son voyage, son principe et sa fin. Contrairement à la plupart des hommes, animés de désirs irrationnels, il ne s'était pas fixé un objectif hors de portée. Car l'inconnu ne cesserait jamais d'exister.


Soudain, une sensation étrange. Quelqu'un lui tapote l'épaule.
Il se retourne. Personne.
Et là, il la voit. Ou plutôt, il l'entend : son rire cristallin franchit ses lèvres alors qu'elle dit : « C'est un tout petit homme habillé en vert. Il est parti par là. »

L'homme demeure interdit, – pétrifié. Son sang se glace alors qu'un prénom résonne douloureusement dans son esprit : Sienna.
Sienna...


- Bonjour, Macaron.


Brutalement, l'homme devint Aaron Gray. Dans cette foule anonyme, quelqu'un l'avait reconnu : il n'était plus cet étranger à la présence évanescente, qui apparaissait quelques jours pour mieux s'évaporer au petit matin. On lui avait donné un nom, un surnom, même, et tout le poids de son existence retomba violemment sur ses épaules. Il n'était plus apatride, il n'était plus sans-famille, il n'était plus ce vagabond d'autrefois : à présent, il avait une réalité. Alors, lorsqu'il croisa le regard de la jeune fille, la terreur le submergea.

Il ne vit pas à quel point elle était belle. Ses cheveux aux reflets terre de Sienne avaient poussé et encadraient son visage angélique. Sa peau légèrement hâlée par le soleil méridional était comme un écrin pour ses yeux, orbes de saphir mus par cette étincelle espiègle qui ne la quittait jamais. Aaron ne vit pas à quel point elle avait changé ; il l'avait connue lorsqu'elle avait quinze ans, mais c'était à présent une jeune femme. Tout en elle, son attitude, sa façon de parler, était gage de son aplomb inébranlable et de cette forme d'indépendance qu'elle avait acquise très tôt, pour ne jamais s'en séparer. Aaron ne vit pas la joie qu'elle semblait avoir de le retrouver, et il ne s'autorisa pas à songer à tous les moments agréables qu'il avait passés en sa compagnie, à cette soirée où, éméchée, la jeune fille lui avait fait cette blague du "petit homme habillé en vert". Tout ce qu'il vit, en cet instant précis, c'était une ombre, un fantôme de son passé, revenu pour le hanter alors que son existence était apaisée..


Sienna... Aaron l'avait rencontrée lors d'une étape de ses pérégrinations, à Gulfport, Mississippi. Il eut fallu être aveugle à l'époque pour ne pas voir l'alchimie qui unissait les deux adolescents. Leur relation avait duré quelques semaines tout au plus, et de manière discontinue ; mais l'attirance était telle qu'ils revenaient fatalement l'un vers l'autre. Et puis, un matin, il l'avait quittée. Il l'avait physiquement abandonnée, sans un mot, sans un geste d'au revoir, comme ils se l'étaient promis. Il avait tourné la page sur leur histoire.
Mais elle en avait décidé autrement.


- Sienna ?


[Terminé] Here he was. But something seemed off. [Aaron Gray] 328729Flyingbydimbaida [Terminé] Here he was. But something seemed off. [Aaron Gray] 420143f66baf9bb4a04439f26281df52745c87
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Aaron peina à dissimuler sa surprise, les yeux écarquillés alors qu'il dévisageait la nouvelle venue. Il sut néanmoins garder ses craintes pour lui ; et celles-ci, furtives, furent bientôt écrasées par un autre sentiment plus fort, plus intense, plus dangereux. Une sourde colère prit peu à peu possession du jeune homme, et il prit la parole d'une voix qui mêlait étonnement et animosité.


- Qu'est-ce que... Qu'est-ce que tu fais là ? Depuis combien de temps tu... Il fronça les sourcils, alors qu'un constat s'imposait à lui. D'une voix qui avait retrouvé sa fermeté, il demanda : Attends, tu m'as suivi ?


Comment l'aurait-elle retrouvé, sinon ? Il était parti sans laisser d'adresse, de numéro de téléphone, sans même lui laisser son nom de famille ; des années après, comment avait-elle fait pour le retrouver ? Cela ne pouvait être une coïncidence, pas dans un pays si vaste, dans une ville si densément peuplée. Lui avait-il révélé son projet de s'installer à Miami ? Non, impossible : il s'était décidé au dernier moment. En revanche, il lui avait dit qu'il progressait vers l'est ; peut-être avait-elle consulté les registres des différentes universités de Floride pour retrouver son nom ? Mais il était loin d'être le seul Aaron sur la péninsule !
Ses pensées se confondaient dans un maelström indicible, au sein duquel jaillissaient des souvenirs, des images, des lieux, dans un chaos déconcertant. Il fallait qu'il reprenne le contrôle de ses émotions : il ne pouvait pas se laisser ainsi déstabiliser par une simple ex un peu trop collante.
Agacé d'être constamment bousculé par les passants, Aaron se saisit de l'avant-bras de son interlocutrice et la tira un peu plus loin, dans une venelle déserte.


- Qu'est-ce qui t'a pris de débarquer ici comme ça ? demanda-t-il froidement.


Inutile de tourner autour du pot : il fallait qu'il se débarrasse de cette intruse qui allait, il en était intimement persuadé, phagocyter peu à peu sa nouvelle vie. Jamais il n'aurait cru que quelqu'un puisse lui faire ainsi perdre ses moyens. Peut-être était-ce tout simplement parce que Sienna n'était pas n'importe qui. Mais ça, il n'était pas en mesure de le penser.
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MessageSujet: [Terminé] Here he was. But something seemed off. [Aaron Gray]   [Terminé] Here he was. But something seemed off. [Aaron Gray] Icon_minitimeMer 15 Mai - 19:20






Here he was. But something seemed off.
Aaron & Sienna

Ce jour là, comme de nombreux jours, se furent les gémissements de Macaron qui réveillèrent Sienna. Cette dernière sauta sur son téléphone pour en couper l'alarme. Son chien n'avait jamais aimé la sonnerie qu'elle avait choisit comme réveil. Peut-être était-ce à cause des tonalités trop aiguës ? Impossible à dire. Elle avait bien pensé à en changer, pour le bien du Rottweiler mais elle s'était rendue compte qu'une sonnerie normale, elle ne l'entendait pas. La seule chose vraiment efficace pour la tirer de ses rêves, c'était les complaintes de son chien. Elle avait donc laissé la dite sonnerie, quitte à devoir faire face au regard accusateur de l'animal. Seulement, depuis qu'elle était arrivée à Miami, elle séjournait à l'hôtel et elle avait peur de se faire virer si son chien se faisait trop remarquer. En fait, en arrivant, on lui avait précisé que si le gérant recevait la moindre plainte à cause du chien, elle serait mise dehors. C'est pourquoi il fallait qu'elle calme son chien le plus vite possible et prie pour que personne n'aie rien entendu ou qu'en tout cas, les autres clients ne pensent pas à se plaindre.

Pourquoi était elle à l'hôtel, en premier lieu, vous demandez vous ? En fait, elle n'avait pas encore décidé si elle allait faire une demande pour profiter des chambres de la confrérie ou si elle allait plutôt essayer de se trouver un appartement. La première solution était la moins couteuse mais elle avait aussi pas mal d'inconvénients. Rien que le fait de voir les mêmes personnes encore et encore et de ne pas pouvoir s'échapper la dérangeait. Ça avait un arrière goût de piège et l'enfermement, ce n'était pas pour elle. Et puis, est-ce que les chiens étaient acceptés dans les chambres de confrérie ? Pas question qu'elle abandonne Macaron. Et pas question non plus qu'elle soit redevable à quelqu'un qui lui aurait promis de fermer les yeux. « Moins on a de dettes, plus on est libre », lui disait son père. Non pas qu'elle accordait beaucoup d'importance à ses opinions en général mais cette phrase là, elle lui restait en tête comme une vieille comptine obsédante.

Encore endormie, elle se laissa guidée par une série de gestes automatiques. Elle enfila des basquettes, passa un manteau au dessus de sa robe de nuit et attrapa la laisse de Macaron. Quelques secondes plus tard, elle était dans la rue, juste à temps pour le levé de soleil. Le spectacle la fit bailler. Puis son attention fut attirée par du mouvement au coin de la rue. Elle vit passer un groupe de filles encore en tenues de boites de nuit et ça lui fit comme une claque. Pourquoi n'était elle pas avec elles ? Depuis quand vivait-elle de façon routinière, à la façon des vieilles dames ? Son regard glissa sur Macaron.

- C'est de ta faute.

Si son regard était dur, son sourire était tendre. Ce n'était pas vraiment la faute du chien. Mais il était vrai, cependant, que c'était à cause de lui qu'elle avait pris l'habitude de se lever aux aurores. Le pauvre animal ne pouvait compter que sur elle pour l'emmener promener. Pendant un instant, elle se demanda ce que ça faisait de dépendre de quelqu'un. Cette pensée la fit grimacer et elle se concentra plutôt sur le fait de retourner à l'Hotel. Miami était beaucoup plus vivante que Nashville, les gens n'allaient pas tarder à envahir les rues. Et elle, elle était en pijama.

De retour dans sa chambre, elle se rendit compte que sa curiosité avait été piquée. Elle avait envie de mieux connaître cette ville où la fête semblait commencer au couché du soleil et terminer à son levé. Il était temps qu'elle se fasse aux coutumes et qu'elle se fonde dans la masse. Il était temps qu'elle connaisse les nouvelles règles de ce nouveau jeu. Il lui fallait donc commencer par le coeur de toute ville qui se respecte : sa rue commerciale la plus populaire. C'était, à ses yeux, une bonne façon de prendre la température d'une ville. Oh, et puis, à mort les justifications, il fallait bien commencer quelque part et elle avait décidé que se serait par là.  

Plus ou moins une heure plus tard, Sienna posa le pied dans la dite rue commerciale. L'activité la désarçonna. Il y avait du monde partout, des gens pressés. Des rires mais des cris aussi. Cette activité bourdonnante l'enivra. Un sourire de conquérante se dessina sur ses lèvres alors qu'elle arpentait la rue d'un pas décidé. Discrètement, elle observait les gens. Elle se rendit compte qu'elle faisait un peu tâche dans son pantalon troué et son T-shirt lâche qui ne lui couvrait qu'une seule épaule. Heureusement, elle avait pensé à mettre des talons. C'était déjà ça. Oh, elle ne se souciait pas vraiment de l'avis des gens mais le but premier avait été de se fondre dans la masse pour l'observer. C'était raté.  Elle entra dans quelques boutiques, regarda discrètement quelques rayons. Ce qu'elle faisait vraiment, c'était écouter les conversation. Déjà, elle nota que l'accent de Miami était légèrement différent de celui de Nashville. Elle se laissa aller à le singer, à voix basse. Ça la fit rire. On lui décocha quelques regards outrés auxquels elle opposa un sourire chaleureux.

C'est en sortant de chez Diesel que son sang se glaça. Là ! Sur le trottoir d'en face ! Aaron ?! Non c'était impossible ! Mais pourtant... C'était bien lui. Elle n'hallucinait pas. Les jours où elle l'apercevait à chaque coin de rue étaient très loin derrière elle. Ça ne pouvait pas être un tour de son cerveau. Figée sur place, elle le fixait, respiration coupée. Mais alors qu'il allait disparaître dans la foule, son coeur bondit et tout son corps avec lui. Sans réfléchir, elle se lança à sa suite en courant. Courir avec des talons lui donnait une allure à la Jack Sparrow pas féminine pour un sous mais c'était le cadet de ses soucis en cette seconde. Quand elle fut à quelques mètres à peines de lui, elle ralentit, un grand sourire éclairant son visage alors qu'une idée germait dans son esprit.

Discrètement, Sienna tapota sur l'épaule gauche d'Aaron puis se glissa à sa droite. Par réflexe, il se tourna vers la gauche mais compris bien vite que la plaisantine était à sa droite. Sans rien lui laisser le temps de dire, elle s'exclama, le rire au bord des lèvres, mimant ses paroles :

- C'est un tout petit homme habillé en vert. Il est partit par là.

Et là, elle se laissa aller à rire. Une ancienne blague qu'elle lui avait faite un soir, alors qu'elle avait un petit peu trop d'alcool dans le sang, son sens de l'humour étant inversement proportionnel au nombre de bouteilles bues. Elle se demandait s'il s'en souviendrait.

Mais bien vite, trop vite, la réalité de la situation la rattrapa et elle se calma. Le sourire de ses lèvres se dissipa, pas celui de ses yeux, et elle dis, simplement :

- Bonjour, Macaron.

Prononcer ce nom en lui parlant à lui et pas au chien avec un goût plaisant. Un peu comme quand on rentrait enfin à la maison après de longues semaines d'absence. Et, pour elle qui ne sentait vraiment chez elle nul part, c'était un sentiment rare. Un sentiment qu'elle avait toujours éprouvé en la présence d'Aaron. Mais il y avait quelque chose qui n'allait pas. C'est seulement alors que les impulsions électriques de son cerveau recommencèrent et qu'elle se mit à réfléchir. Qu'est-ce que ça signifiait pour eux, que leurs chemins se croisent à nouveau ? Etait-il seulement heureux de la revoir ? Aurait-elle mieux fait de le laisser partir et de faire comme si elle ne l'avait pas vu ? Etait elle entrain de briser leur promesse ?

© Fiche de Hollow Bastion sur Bazzart




Dernière édition par Sienna Cassady le Jeu 8 Aoû - 22:27, édité 1 fois
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